jeudi, 09 novembre 2017

Bilan de la campagne à Esch

1) Les résultats électoraux d’Esch-sur-Alzette s’inscrivent dans un contexte européen et national de crise de la social-démocratie social-libérale et d’une poussée de la droite dans de nombreux pays et au Luxembourg. Le LSAP a perdu sa première place de « parti communal » dans le pays et perd ses majorités dans d’autres mairies du canton d’Esch. Les trois listes de gauche à Esch perdent des voix, y compris déi Lénk, qui gardent leurs sièges et le LSAP perd 3 sièges de 9 et le PCL son seul siège.

2) Le facteur spécifique pour Esch est sans doute le discours « misérabiliste » largement dominant dans le ressenti de la majorité de l’électorat : « Esch est pauvre, sale et insécurisée et on fait trop dans le social au lieu de développer la Ville à l’instar de ce qui passe dans le reste du pays. » Le CSV et le DP ont su habillement tirer partie des idées reçues en menant un discours populiste. Ce ressenti est charrié par la presse locale (tageblatt) et nationale et fort maladroitement par l’ancien collège-même. Pendant 4 ans, la bourgmestre a traité et retraité des questions sociales marginales comme l’hébergement des sans-abri et des demandeurs d’asile et la prise en charge des personnes dépendantes de drogues dures sans réaliser les installations annoncées. A l’inverse, le combat contre le taux de chômage de 13,2% n’a pas été traité dans une optique de classe, mais délaissé. Du coup, une orientation de « gentrification » est devenu le crédo dominant de toutes les forces politiques, social-démocratie comprise à l’exception de déi Lénk et du PCL. Il faut préciser ici que la Ville d’Esch connait à l’inverse du ressenti un développement certain avec la construction de quartiers nouveaux et un essor économique post-sidérurgique considérable. Le « trop de social » est une illusion d’optique. Le coalition a catégoriquement refusé le développement de l’habitat social ; il n’y aucune stratégie pour améliorer matériellement et du point de vue pédagogique le niveau de l’enseignement fondamental ; la politique sociale est réparative et compartimentée avec une cinquantaine de bureaux d’assistance agissant avec peu de coordination entre eux…

3) Le bilan de l’ancienne coalition est peu visible et parfois peu crédible : aucune réalisation-phare, projets qui trainent, inaugurations d’installations semi-finies, rectifications de dernière minute (« jardins éphémères » créés quelques semaines avant les élections). Il est impossible pour l’électorat d’identifier clairement les résultats de l’action de la coalition LSAP-déi Gréng.

4) Les membres du collège, surtout les échevins LSAP, usés par le pouvoir apparaissaient comme une société fermée, arrogante parce que sûrs de leurs positions, et minés par des dissensions internes. Les échevins n’avaient pas d’heures d’écoute des citoyens à la mairie. L’échevin vert était isolé et maltraité par ses pairs social-démocrates à tel point qu’il s’est tourné tout de suite vers le CSV à l’issue du scrutin.

5) Il faut cependant un peu nuancer le désastre du LSAP et analyser de plus près l’effet des changements sociologiques sur le comportement de l’électorat. En voix personnelles, la mairesse sortante dépasse le leader du CSV. Les échevins LSAP ont été punis. Dans les quartiers nouveaux, les résultats du LSAP sont meilleurs qu’en moyenne. Il faut aussi se rappeler que lors des élections 2011, le LSAP avait bénéficié de deux sièges « restants » sur les neuf qu’il avait remportés et le CSV avait eu un résultat désastreux en 2011.

6) Les résultats des Verts (2+1) et du parti démocratique (1+1) sont difficilement compréhensibles d’autant plus que les avancées écologiques des 6 dernières années restent largement énigmatiques et que le bilan du seul conseiller DP est déplorable. Son absentéisme aux réunions du conseil communal était pourtant notoire. Il faut probablement classer les gains verts et libéraux non pas comme un vote d’adhésion, mais comme un vote de sanction contre le LSAP.

7) Le résultat de déi Lénk à Esch – avec une perte de 1,5% et le maintien des deux sièges – est loin d’être dramatique mais exige de nous une réflexion approfondie et autocritique. Nous en sommes capables. Il est probable que nous n’avons pas tant été jugés sur notre action des 6 années écoulées et notre programme électoral (de loin le mieux élaboré entre tous) mais que malgré notre opposition au conseil nous avons dans le ressenti de l’électorat (encore le ressenti !) été en quelque sorte associés au bilan des social-démocrates puisqu’on nous considère comme étant leur partenaire naturel. Cette analyse – si elle a du vrai – est certainement insuffisante. Plusieurs pistes d’explications sont actuellement poursuivies dans la section d’Esch, qui a besoin d’un peu de recul pour arriver à des conclusions qui pourraient guider notre action future :

(-) Nous ne nous sommes pas trompés de sujet, mais de discours. Nous ne sommes pas arrivés à déconstruire les idées reçues, nous ne l’avons pas même trop essayé malgré un texte de discussion interne antérieur qui traitait ce sujet.

(-) Nous sommes la liste entre toutes avec le moins de votes de liste (à part les Pirates incomparables parce qu’ ayant une liste incomplète). Voilà qui doit nous interpeller ! Nous n’avons pas suffisamment d’électeurs/trices non-volatiles mais fidèles qui nous considèrent comme étant « notre parti ». D’où des réflexions à mener comment orienter notre travail de fidélisation entre les élections.

(-) Notre apparition est souvent trop sage. Dans la forme nous ne nous distinguons pas assez des autres courants. Il y a une dialectique fond-forme à redéfinir. Cela vaut probablement aussi pour notre apparition nationale.

(-) Nous devons analyser de plus près les résultats quartier par quartier et considérer le nombre extrêmement élevé de non- participation, de votes blancs et nuls.

(-) Nous devons discuter sur notre ancrage dans différentes couches de la population. Les lettres personnalisées pour 3 sortes d’immigrés et pour les nouveaux-électeurs, envoyées juste avant les élections ne suffisent pas ; il faut un travail continu notamment envers l’immigration.

(-) Avec tous ces éléments autocritiques à fouiller, il ne faut pas verser dans « l’auto-flagellation ». Il y avait du bon dans notre campagne : il faut au moins nommer la féminisation et le rajeunissement réussis !

 

 

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